C'est quoi l'insécurité linguistique ?
« L’insécurité linguistique est une impression, une croyance ou un sentiment à l’effet que la variété de langue qu’on utilise ou la façon dont on parle n’est pas légitime ou valorisée par la société. Les gens évaluent généralement leurs propres pratiques linguistiques en les comparant à une norme perçue comme étant supérieure »
- Meike Wernicke, professeure adjointe au Département d’enseignement de la langue et de l’alphabétisation de l’Université de la Colombie-Britannique.

L'insécurité linguistique est un sentiment d'infériorité, d'incompétence ou d'inconfort qu'une personne ressent lorsqu'elle s'exprime dans une langue, et ce, même s'il s'agit de sa langue maternelle. L'écrivaine franco-ontarienne Hélène Koscielniak la décrit précisément comme « le sentiment de ne pas être compétent, de ne pas faire le poids ou de ne pas être à la hauteur de l'Autre ou encore, la peur de commettre des fautes ». Il s'agit d'un phénomène complexe qui constitue à la fois un enjeu de société et une expérience profondément individuelle.
Comment se manifeste-t-elle ?
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Gêne et peur du jugement : La personne est gênée de s'exprimer, craint d'être jugée sur son accent ou sa grammaire, et cherche constamment la « bonne » façon de parler. L'individu peut se sentir diminué, ayant l'impression de ne pas pouvoir exprimer pleinement ses pensées ou ses idées.
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Blocage et évitement : Ce manque de confiance peut mener à une réserve, à la peur de prendre la parole, à l'interruption d'une discussion, ou au réflexe de passer à une autre langue mieux maîtrisée (comme l'anglais) pour se sentir plus en sécurité.
Qui est touché et pourquoi ?
Les francophones en milieu minoritaire
L'insécurité linguistique frappe particulièrement les communautés francophones en situation minoritaire au Canada. Ces locuteurs vivent souvent ce que l'on appelle une « double insécurité » :
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Face au français standard : Ils ressentent que leur langue n'a pas la même valeur ou qu'ils n'utilisent pas la « bonne » variété de français. Leur français est souvent dévalorisé par rapport au français de France, considéré historiquement comme le seul modèle de référence ou de prestige. De plus, on a souvent tendance à critiquer le français parlé spontanément (le vernaculaire) en le comparant au français rigide des livres de grammaire, ce qui rend les locuteurs hypersensibles à leur façon de s'exprimer.
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Face à l'anglais : Leur français est également déclassé par l'anglais, qui est la langue largement dominante dans les sphères socioéconomiques.
Les apprenants d'une langue seconde ou étrangère
Pour ceux qui apprennent une nouvelle langue, l'insécurité linguistique provient souvent d'une « illusion de compétence ». L'apprenant maîtrise la théorie (grammaire, vocabulaire), mais prend conscience d'un énorme décalage avec ses capacités réelles lorsqu'il essaie de tenir une vraie conversation. À cela s'ajoute une forte charge psychologique et émotionnelle : la peur de paraître bête, de dire un mot inapproprié ou de faire une erreur culturelle.
Les employés en milieu de travail
Dans des contextes bilingues, comme la fonction publique canadienne, l'insécurité linguistique touche autant les francophones que les anglophones. Les employés peuvent se sentir mal à l'aise d'utiliser leur langue seconde par crainte que leurs collègues ne jugent leur accent ou leurs fautes. Inversement, certains hésitent à utiliser leur langue maternelle de peur de déranger les autres ou de passer pour des fauteurs de troubles.
Bien que l'insécurité linguistique soit généralement un obstacle décourageant, il est intéressant de noter qu'elle peut parfois agir comme un stress positif qui pousse un individu à vouloir s'améliorer et à faire plus d'efforts pour découvrir la langue.
Comment vit-on l'insécurité linguistique?
Réalisé par l'Association canadienne d'éducation de langue française (ACELF), cette vidéo démontre la réalité de l'insécurité linguistique et ses impacts dans les vies de francophones et francophiles.
